Il y a un peu plus d’un an, Mélanie Fazi a écrit un article sur son site, un article où elle s’ouvrait et faisait un coming-out un peu particulier, parlant d’étiquette, d’identité de genre, de norme. Un article long et ouvrant des pistes de réflexion sur soi-même.

En s’ouvrant aux autres dans ce billet, Mélanie a ouvert une porte qu’elle  se devait de franchir comme elle le dit elle même au début de Nous qui n’existons pas :  « j’avais appelé un changement de mes voeux. […] Dans les jours qui ont suivi cette prise de parole, j’ai pensé : Je ne peux pas me permettre de ne pas changer. […] alors j’ai repris le clavier. » Et ce changement, la poursuite de cette réflexion amorcée dans Vivre sans étiquette, c’est justement Nous qui n’existons pas, une non-fiction d’une centaine de pages, une réflexion à la fois sur son identité, sur le chemin parcouru jusqu’à la rédaction de cet article puis de cet ouvrage, jusqu’à la nécessité de poser sur le papier une réflexion intime.

couv-definitive

Je n’irai pas par quatre chemin, lire ce livre est une nécessité pour toutes et tous. Que vous soyez en train de questionner votre identité – sexuelle et/ou romantique – votre différence ou pas du tout, il faut lire ce texte, pour comprendre l’autre et se comprendre soi-même. Comprendre que ce que la société montre comme étant la norme ne correspond pas à tous, que tout le monde ne rentre pas dans ce qui nous est présenté comme étant normal et que donc ce qui, selon cette norme, est incompréhensible, n’en est pas moins réel.

Le texte est tellement brillamment écrit que j’en ai surligné 55 passages. 55. Probablement plus que ce que j’ai pu relever dans l’ensemble des livres que j’ai étudié pendant mes études.

Qu’elle parle de l’incompréhension des autres vis-à-vis de sa différence, l’insistance dont ils pouvaient faire preuve dans leur incompréhension. « Tout ce qui me paraissait naturel semblait les étonner, et ils me le faisaient bien comprendre ».

Qu’elle parle de son rapport à son art, à travers les exemples tirés de ses nouvelles, éclairés par son questionnement, des parallèles entre son style littéraire de prédilection et sa « non normalité » qui la placent tous les deux en marge : d’un côté les littératures de l’imaginaire et la nouvelle, très souvent reniées au profit du roman et de la littérature générale, de l’autre ne pas avoir le désir d’être en couple, dans un monde qui célèbre les couples – de Roméo et Juliette aux couples royaux anglais – et l’amour des femmes.

Quel que soit le point qu’elle aborde, son écriture porte le propos et on oublie rapidement que l’on est pas en train de lire une de ses nouvelles ou que les essais nous ennuient. Il ne reste plus que le plaisir de la lecture. L’émotion de lire un texte à la fois intime et à la portée universelle, sur la vision binaire du monde, la norme, ce que signifie être soi vis-à-vis de celle-ci.

De base j’avais l’intention de faire un très long article sur le sujet, mais d’autres – concerné.es personnellement par la question du coming out ou non – en ont déjà très bien parlé aussi je vous invite à aller les lire. Je répéterai donc ce que j’ai déjà écris plus haut : il faut lire ce livre, tout le monde le devrait, pour mieux comprendre l’autre , comment de simples mots, des insistances, des répétitions peuvent résonner en l’autre. « Il n’y a pas d’ouvrages sur le sujet alors  » Simplement, les gens ne savaient pas. Sans  ouvrages sur le sujet, sans représentations dans la fiction ou les médias, ils ne pouvaient pas savoir. » 

Maintenant il y a un ouvrage sur le sujet, et il n’est pas chiant, il est beau, il est fascinant et il est bienveillant.

Vivre sans le désir d’être en couple, cela existe. Tout comme le désir de ne pas avoir d’enfants, le polyamour, la transidentité, les identités sexuelles autre que l’hétérosexualité. Cela fait partie de l’identité des personnes. Ce n’est pas une passade. Nier que cela est normal, que cela existe, c’est nier l’existence des personnes concernées, nier leur identité.

Si vous ne connaissez pas encore l’oeuvre de Mélanie, n’hésitez pas à lire également ses recueils (disponibles en poche) et ses traductions. Personnellement je considère Serpentine comme le meilleur recueil de nouvelles francophones que j’ai pu lire, et pas très loin du meilleur recueil tout court, juste derrière le recueil de Ken Liu (La ménagerie de papier).

Et pour ceux qui seraient intéressés, deux événements sont prévus en présence de Mélanie :

  • Rencontre à Rennes  sur le thème “Asexualité et autres non-étiquettes”,  le 29 Octobre  2018 à 18 h 30 à la Maison des Associations
  • et pour les parisiens, rencontre à la bibliothèque Rilke le 17 Novembre 2018 à partir de 18h30

Aujourd’hui est également le dernier jour pour précommander le livre à cette adresse !

L’ouvrage sortira le 1er Octobre prochain (bientôt donc)

Publicités